Le Progrès peut-il être néfaste ?

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Compte rendu de la rencontre du 14 octobre 2008

Thème : Le Progrès peut-il être néfaste ?

11 personnes

François ; Astrid ; Henk ; Jenny ; Serge ; Daniel ; Nadège ; Dominique ; Thérèse ; Dominique ; Jacques

Toute découverte dans les sciences est un bienfait pour l’humanité.

Condorcet : « Discours à l’Académie Française ».

L’homme, d’un pas de somnambule, marche vers les mines meurtrières, conduit par le Chant des inventeurs…

René Char : « Feuillets d’Hypnos ».

D’entrée il a été admis que le progrès se rencontre dans toutes les sphères : techniques, politique, lois, philosophie, social… Bref il est difficile de trouver un champ de  l’activité  humaine qui n’ait pas bénéficié de ce qu’il convient d’appeler le progrès.

La définition est simple : « progressus…action d’avancer »… Le progrès journalier du soleil… est l’exemple choisi par le dictionnaire académique en 1694.

Mais le plus intéressant est que le mot « progrès » n’apparaît qu’en 1532. Cela signifie qu’avant cette date, l’homme n’a fait aucun « progrès ». Peut être, car à part les fameuses inventions dont on nous rebat les oreilles depuis des siècles, à savoir : le moulin à vent, la boussole, la poudre à canon, la charrue, et le gouvernail d’étambot… de quoi peuvent se vanter nos ancêtres ?

Les Grecs créateurs de la démocratie et de la philosophie, ne s’intéressaient pas au progrès technique dans la mesure ou les esclaves pourvoyaient aux nécessités.

Ce qui pose la question de savoir si le progrès doit viser autant la pensée que la technique…quoiqu’il faille beaucoup de pensée(s) pour améliorer et inventer des sciences et des techno sciences.

Et encore que signifie le verbe « avancer » ? Il sera convenu ce soir qu’est progrès tout ce qui permet d’améliorer l’Homme, à la fois individuellement et collectivement ; et tout ce qui le diminue sera appelé « régression ». Donner à tous un toit et à manger pourrait être une loi du progrès suffisante.

Mais il est apparu que si l’on pouvait à la rigueur arriver à désigner des preuves techniques du progrès, il n’en était pas de même en matière de pensée. Tout dépend de l’usage qui sera fait d’une découverte scientifique (l’atome par exemple), et que science et conscience ne riment pas toujours.

Autre préoccupation : le progrès matériel est il une preuve de l’avancement de l’esprit humain. Un indien de la forêt amazonienne ou un bushman africain, dans la mesure où ils ont peu développé de concepts scientifiques ou technologiques, sont ils aussi « avancés » en progrès que les occidentaux ?  Deux civilisations différentes, est-ce ici la limite entre le progrès « utile » et le dévoiement de l’esprit quand ce dernier ne tient plus compte de l’environnement ?

Il a été avancé, que le monde magique et symbolique du monde africain et océanien (entre autres) n’avait rien à faire avec le progrès.

De même, si dans certaines langues le mot « demain » n’existe pas, alors quid d’un grand bond en avant.

Il se peut que le progrès soit lié aux échanges, plus ou moins larges selon l’époque et le lieu, comme les grandes foire, les voyages maritimes, les routes caravanières, cela est très  séduisant, mais il faudrait prendre le temps de vérifier… évidemment.

Culture, nature et progrès… vaste programme à venir… le progrès c’est peut-être apprendre à faire des choix.

Entre résistance au changement, et l’impossible retour… il y a peu de place laissée à un progrès faste.

Il a été dit ce soir, que le progrès était une transgression. L’idée est intéressante, car elle suppose que le progrès se pose comme un adversaire d’un monde établi une fois  pour toute. L’histoire la plus célèbre étant celle de Galilée, Copernic et Bruno, qui au nom de la raison et de la science, ont osé s’opposer à l’Eglise, avec les différentes fortunes qui s’ensuivirent pour chacun.

Ce qui pose aussi la question de savoir comment accepter à la fois la tradition et le progrès… à moins que la dite tradition possède par essence la dynamique du progrès… que les deux ne fassent qu’un… mais c’est une autre histoire trop longue pour être abordée ce soir.

Quelqu’un a dit que le progrès vise à satisfaire les besoins de l’Homme, on entendra ainsi, que plus de progrès égale plus de satisfaction, et pour toujours plus d’hommes sur la terre… Où l’on verra alors le progrès détruit à la fois l’homme et la terre… Le progrès est un monstre qui se nourrit de son propre appétit… le serpent se mord la queue…

C’est en quoi l’Indien des plaines américaines, ne pense pouvoir perdurer dans son être qu’en limitant au maximum le progrès technique… sous peine de disparaître rapidement.

Le progrès est le non progrès ! Cela sonne comme du Orwell.

Alors il faudrait opposer le progrès à son propre développement, exercice mental et pratique pour le moins osé et difficile…

Jean Jacques Rousseau avait bien décrit la situation[1] :

Les distinctions politiques amènent nécessairement les distinctions civiles. L’inégalité, croissant entre le peuple et ses chefs, se fait bientôt sentir parmi les particuliers et s’y modifie en mille manières selon les passions, les talents et les occurrences. Le magistrat ne saurait usurper un pouvoir illégitime sans se faire des créatures auxquelles il est forcé d’en céder quelque partie. D’ailleurs, les citoyens ne se laissent opprimer qu’autant qu’entraînés par une aveugle ambition et regardant plus au-dessous qu’au-dessus d’eux, la domination leur devient plus chère que l’indépendance, et qu’ils consentent à porter des fers pour en pouvoir donner à leur tour.

L’inégalité parmi les hommes procède de l’ambition, et il se pourrait bien que cette dernière soit le déclencheur du progrès.

Mais revenons aux Rencontres, où il a été évoqué que le progrès pourrait être inscrit dans les gênes, ou encore que ce même progrès pourrait être tout simplement quelque chose comme l’énergie, c’est-à-dire une loi naturelle et par là faisant partie du développement incoercible de l’univers et de tout ce qu’il contient.  Cela ressemble à la Raison qui pour Hegel est en perpétuel développement pour aller vers toujours plus de raison… Raison, Dieu, Nature, Progrès… C’est le grand jeu des mots substitués.

Au-delà de l’exercice technique pur, il existe une autre dimension du progrès, que elle ne peut-être que morale. L’on oublie ni la compétence ni la performance, mais on les mettra pour un moment entre parenthèses. La Déclaration des Droits de l’Homme ; les lois sociales ; le refus de l’excision (barbare loi coutumière) ; l’obligation de se souvenir que la femme est l’égale de l’homme… Autant de « progrès » qui n’on rien à faire avec la technique.

La machine à vapeur de James Watt fut mise en application industrielle en 1775 ; en France la première loi sur « le travail des enfants et des filles mineures dans l’industrie » date de 1874… Un siècle plus tard… Cherchez l’erreur.

Jean le Rond d’Alembert écrivait « L’esprit qui invente est toujours mécontent de ses progrès, parce qu’il voit au-delà. » … Malgré tout le respect que l’on doit au grand homme, on se demande ce qu’il peut bien voir au-delà de l’holocauste et d’Hiroshima…

Quand la morale est à la traîne de l’intérêt immédiat et aux services de voyous patentés il n’y a  plus rien à voir…

Prochaine rencontre : Lundi 10 Novembre 2008

Thème : Faut-il avoir peur pour devenir tolérant ?

La peur engendre-t-elle  la tolérance ?

[1]  Jean Jacques Rousseau : « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes »