La pensée peut-elle progresser vers le bien de l’humanité ?

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Compte rendu de la rencontre du lundi 12 octobre 2009

Thème : La pensée peut-elle progresser vers le bien de l’humanité ?

Onze personnes ont participé à la rencontre :

Christian ; Dominique ; Dominique ; Gilles ; Bernard ; Nadège ; Serge ; Henk ; Daniel ; Bruno ; Jenny.

Postulat et Paradoxe.

Autant d’individus autant de cultures… les valeurs sont personnelles, elles s’affrontent, se frottent, se combinent… Comment manifester sa différence, donc sa liberté, tout en cherchant le lieu commun des valeurs universelles.

L’on doit donc poser a priori que ce lieu existe, dans l’espace et dans le temps. Utopie, vieille lune, paradis perdu, Parole perdue… Qu’importe le nom, sinon, comment vivre sa vie ?

Existe-t-il des cultures ou, une culture à partager ? Est universel ce qui se partage, encore faut il avoir quelque chose à partager.

On partage une culture (histoire, langue, terre, des idées… etc.), certains sont à cheval sur plusieurs cultures, comment se fait l’adéquation ?

Gandhi ; Martin Luther King ; Mandela… sont des héros qui transcendent toutes les cultures, leurs « idées » sont partagées donc unissent un grand nombre d’individus… Plus le partage est grand et plus le cercle de l’universel s’agrandit.

Il existe d’autres héros, dans le domaine du sport, du spectacle, de la politique… qui fédèrent les esprits, non pas pour leur pensée, mais à cause de leurs fortunes, leur célébrité, leur popularité… Ce sont des antidotes contre l’angoisse de la vie, de la mort… La pensée est juste du rêve… Aucune chance de développer une idée morale universelle et nécessaire, telle que les philosophes (Kant notamment) veulent développer pour le bien de l’être humain.

Tous les types de rassemblement sont possibles, mais tous ne sont pas profitables (pour paraphraser saint Paul).

L’activité intellectuelle s’oppose-t-elle au cœur ?…  L’intelligence à la matière ?

Autrement dit existe-t-il des pensées négatives ? Oui, les théories esclavagistes, la Solution finale (shoah)…

L’expression « pensée négative » est étrange, car elle suppose qu’elle n’est pas uniquement une activité (et capacité du cerveau), mais qu’elle doit aussi faire l’objet d’un prédicat. A partit de l’instant où la pensée a besoin d’un attribut (bonne, mauvaise… pensée) elle devient un outil manipulable à volonté. La pensée peut servir à améliorer l’humanité ou mieux la détruire.

La pensée scientifique, philosophique, culturelle (les « valeurs » d’une société quelconque) n’ont de sens que dans l’action… l’arbre se reconnaît à ses fruits.

Un Chinois ne pense pas comme un Français…

Certains ont avancé que l’idée est neutre au commencement (de la vie ?), mais tout le monde n’est pas d’accord. L’erreur serait de considérer la pensée comme une chose faisant partie du cerveau, comme un organe en quelque sorte, qu’il conviendrait d’éduquer et de développer selon un plan pré-établi Or  il apparaît que l’idée n’est qu’une fonction du cerveau.

De même, Il n’y a pas d’idée seule, vide, car l’idée est toujours l’idée de quelque chose On pense toujours à quelque chose, même si on pense à « rien »…

L’on comprendra que la pensée n’est pas la morale. Elle doit être habillée d’une certaine façon pour être saisie par tous.

Mais la pensée n’est jamais nue… elle apparaît toujours plus ou moins vêtue de tissu de culture… Il n’y a pas de pensée pure. Même l’esprit mathématique n’est pas débarrassé de l’influence du milieu culturel où naissent les théorèmes nouveaux.

(Ici, contestation dans le Groupe des « Rencontres » : Certains pensent que la mathématique échappe à toute influence… faudrait peut être ici  faire un rapprochement avec Kant et son « jugement synthétique a priori).

Il a été précisé aussi que l’on pouvait entendre par pensée pure, l’absence volontaire de trucages ou arrières pensées.

La passion et l’émotion sont des facteurs très importants qui viennent modifier la pensée.

Il s’établit alors une sorte d’équilibre instable, qu’il convient de maintenir aussi longtemps que possible…

Donc le « bien » de l’humanité ne serait pas une accumulation de « choses », mais un subtil assemblage d’idées provenant de toutes les cultures.

Finalité et Finitude.

Finalité ou : A quoi sert la pensée ?

Finalité : Caractère de ce qui tend consciemment vers un but et prend les moyens d’y parvenir. Adaptation des moyens à une fin. (Dictionnaire philosophique Baraquin Baudar)t.

Spinoza écrit :

Et comme c’est une loi générale de la nature que chaque chose s’efforce de se conserver en son état autant qu’il est en elle, et cela en ne tenant compte que d’elle-même et en n’ayant égard qu’à sa propre conservation, il s’ensuit que chaque individu a le droit absolu de se conserver, c’est-à-dire de vivre et d’agir selon qu’il y est déterminé par sa nature. Et ici nous ne reconnaissons aucune différence entre les hommes et les autres individus de la nature, ni entre les hommes doués de raison et ceux qui en sont privés, ni entre les extravagants, les fous et les gens sensés.

Cependant personne ne peut douter qu’il ne soit extrêmement utile aux hommes de vivre selon les lois et les prescriptions de la raison, lesquelles, comme nous l’avons dit, n’ont d’autre objet que la véritable utilité des hommes. D’ailleurs il n’est personne qui ne désire vivre en sécurité et à l’abri de la crainte, autant qu’il est possible ; or cette situation est impossible tant que chacun peut tout faire à son gré, et qu’il n’accorde pas plus d’empire à la raison qu’à la haine et à la colère ; car chacun vit avec anxiété au sein des inimitiés, des haines, des ruses et des fureurs de ses semblables, et fait tous ses efforts pour les éviter. Que si nous remarquons ensuite que les hommes privés de secours mutuels et ne cultivant pas la raison mènent nécessairement une vie très malheureuse, comme nous l’avons prouvé dans le chapitre V, nous verrons clairement que, pour mener une vie heureuse et remplie de sécurité, les hommes ont dû s’entendre mutuellement et faire en sorte de posséder en commun ce droit sur toutes choses que chacun avait reçu de la nature ; ils ont dû renoncer à suivre la violence de leurs appétits individuels, et se conformer de préférence à la volonté et au pouvoir de tous les hommes réunis. Ils auraient vainement essayé ce nouveau genre de vie, s’ils n’étaient obstinés à suivre les seuls instincts de l’appétit (car chacun est entraîné diversement par les lois de l’appétit) ; ils ont donc dû par conséquent convenir ensemble de ne prendre conseil que de la raison (à laquelle personne n’ose ouvertement résister, pour ne pas sembler insensé), de dompter l’appétit, en tant qu’il conseille quelque chose de funeste au prochain, de ne faire à personne ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur fît, et de défendre les droits d’autrui comme leurs propres droits. Mais comment devait être conclu ce pacte pour qu’il fût solide et valable ? Voilà le point qu’il faut maintenant éclaircir. C’est une loi universelle de la nature humaine de ne négliger ce qu’elle juge être un bien que dans l’espoir d’un bien plus grand, ou dans la crainte d’un mal plus grand que la privation du bien dédaigné, et de ne souffrir un mal que pour en éviter un plus grand, ou dans l’espoir d’un bien supérieur à la privation du mal éprouvé : en d’autres termes, de deux biens nous choisissons celui qui nous semble le plus grand, et de deux maux celui qui nous semble le plus petit. Je dis qui nous semble, car ce n’est pas une nécessité que la chose soit telle que nous la jugeons. Or cette loi est si profondément gravée dans la nature humaine qu’il faut la placer au nombre des vérités éternelles que personne ne peut ignorer.

Spinoza : « Traité Théologico-Politique » Chapitre XVI

Les choses sont claires : Nous sommes condamnés à nous entendre. S’entendre sur toutes les activités humaines, quelles qu’elles soient (religion, économie, territoire, usage de la technique, paix et guerre, pollution, faim dans le monde etc.). Là réside la finalité de la pensée.

Finitude ou : Quelles sont les limites de la pensée (et des systèmes de pensée).

Finitude : Du latin « finitus » : délimité. Idée de finition et de perfection achevée.

La pensée de Spinoza est somme toute très pragmatique, et quel que soit le niveau de pensée des sociétés tout au long de l’histoire, la solution proposée reste toujours valable

Le véritable problème se pose en fait avec la finitude : L’homme se sait limiter à la fois dans sa pensée et dans son action. Pire encore, il peut se demander si toutes ses philosophies et religions ont réellement travaillé au bien de l’humanité.

Quelles sont alors les vraies valeurs et efficacité de ses systèmes philosophique ?

Plusieurs attitudes sont possibles.

Hegel pose le postulat suivant : « L’Idée est le vrai, l’éternel, la puissance absolue. Elle se manifeste dans le monde et rien ne s’y manifeste qui ne soit elle, sa majesté et sa magnificence : voilà  ce que la philosophie démontre et qui est ici ‘supposé’ démontré ». Et Il ajoute :

« La Raison est présente dans l’histoire universelle. »

«  La pensée doit prendre conscience de cette finalité de la Raison »

Hegel : La Raison dans l’Histoire.

La pensée devient à la fois finalité et finitude, c’est-à-dire elle vise un futur parfait, avec les moyens de la Raison qui prend alors un sens universel.

Les Lumières pensaient que non seulement que l’Homme est perfectible, mais encore que les « sciences » seraient le moyen infaillible d’améliorer l’Homme et l’humanité.

« Des avantages et des progrès des Sciences.

L’union entre les sciences et les lettres dont vous cherchez, Messieurs, à resserrer les liens, est un des caractères qui devoient distinguer ce siècle où, pour la première fois, le système général des principes de nos connoissances a été développé ; où la méthode de découvrir la vérité a été réduite en art, et pour ainsi dire en formules ; où la raison a enfin reconnu la route qu’elle doit suivre, et saisi le fil qui l’empêchera de s’égarer. Ces vérités premières, ces méthodes répandues chez toutes les Nations, et portées dans les deux mondes, ne peuvent plus s’anéantir ; le genre humain ne reverra plus ces alternatives d’obscurité et de lumière, auxquelles on a cru long-temps que la nature l’avoit éternellement condamné. Il n’est plus au pouvoir des hommes d’éteindre le flambeau allumé par le génie, et une révolution dans le globe pourroit seule y ramener les ténèbres »

Condorcet : discours de réception à l’Académie française 1782.

Et puis il y a eu la Shoah… L’optimisme, intellectuel de Hegel, et joyeux des Lumières s’est  alors assombri.

Dans le numéro 271 de la revue « Humaniste » on peut lire sous la plume d’André Bellon, à propos de la postmodernité :

« Les écoles philosophiques dites « postmodernes », dans leur critique de la pensée des ‘Lumières’, avaient conduit à la méfiance vis-à-vis de la volonté collective, c’est-à-dire de la démocratie,  la critique de la raison, considérée comme responsable d’un 20ème siècle dramatiquement symbolisé par Auschwitz, à la remise en cause du sujet libre, conscient et responsable, c’est-à-dire un citoyen ».

L’on comprendra que les Goulags ; génocides ; massacres en tous genres ; nettoyage ethnique ; famines organisées etc. en aient mis un sale coup dans l’arc en ciel philosophique et utopique.

On aura beau poser des postulats, ou ériger des principes absolus, faire de la raison l’essence  même de l’idée, si aucune éthique ne structure l’ensemble, alors le Temple de l’harmonie restera fortement hypothéqué.

Prochaine Rencontre : Lundi 09 Novembre 2009

Thème : Que peut engendrer la peur ?