Le rêve est-il un refuge pour les problèmes quotidiens ?

Faut-il des bornes à la société ?
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Compte rendu de la rencontre du lundi  11 fevrier 2008

Thème : Le rêve est-il un refuge pour les problèmes quotidiens ?

Seize personnes ont participé à la rencontre : Nadège ; Bruno ; Jacques ; François ; Serge ; Thérèse ; Dominique ; Lionel ; Serge ; Henk ; Jenny ; Astrid ; Dominique ; Daniel ; Florence ; Christian

Quand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu

J.J.ROUSSEAU : Les Rêveries du Promeneur Solitaire.

La question est à l’origine posée par une personne qui a fait appel au rêve pour tenter d’échapper à des soucis et tourments personnels.

En fait très rapidement il est apparu au cours du débat, qu’en l’occurrence il faudrait parler de rêverie plutôt que de rêve.

 

Il fut donc décidé qu’il ne serait question que de rêverie.

Malgré cette précaution liminaire, il fut difficile d’échapper à la confusion entre les deux vocables, et ce sera l’origine de plusieurs confusions et dispersions dommageable à la compréhension du sujet.

Au-delà des nombreuses définitions, il est admis à priori que le rêve appartient au domaine de l’inconscient et intéresse au premier chef le psy (au sens large), alors que la rêverie est consciente et est le domaine du contemplatif, du poète, de l’artiste, en un mot du rêveur !

Le même mot pour deux actions différentes, d’où la confusion toujours entretenue entre les deux pratiques.

L’on aura saisi que le rêveur cherchera ici à échapper à une réalité cruelle, ou supposée telle… Echapper aux « problèmes quotidiens »…

Difficile ici, de passer à côté de Shakespeare qui en fait se pose exactement l même question :

HAMLET. – Etre, ou ne pas être, c’est là la question. Y a-t-il plus de

noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune

outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter

par une révolte ?. Mourir… dormir, rien de plus ;… et dire que par ce

sommeil nous mettons fin aux maux du coeur et aux mille tortures

naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit

souhaiter avec ferveur. Mourir… dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là

est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la

mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ?. Voilà

qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité

d’une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les

flagellations, et les dédains du monde, l’injure de l’oppresseur,

l’humiliation de la pauvreté, les angoisses de l’amour méprisé, les

lenteurs de la loi, l’insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite

résigné reçoit d’hommes indignes, s’il pouvait en être quitte avec un

simple poinçon ?. Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous

une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette

région inexplorée, d’où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté,

et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous

lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ?. Ainsi la conscience fait

de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution

blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ; ainsi les entreprises les

plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à

cette idée, et perdent le nom d’action…

Shakespeare, Hamlet, Acte III scène 1, Le monologue d’Hamlet

Encore quelques mots avec Jean Jacques, où l’on constate que le propos est moins dramatique mais le refuge tout aussi efficace.

…et j’allais me jeter seul dans un bateau que je conduisais au milieu du lac quand l’eau était calme, et là, m’étendant tout de non long dans le bateau les yeux tournés vers le ciel, je me laissais aller et dériver lentement au gré de l’eau, quelquefois pendant plusieurs heures, plongé dans mille rêveries confuses mais délicieuses, et qui sans avoir aucun objet bien déterminé ni constant ne laissaient pas d’être à mon gré cent fois préférables à tout ce que j’avais trouvé de plus doux dans ce qu’on appelle les plaisirs de la vie.

Jean Jacques Rousseau (les « Rêveries »).

Il n’a pas échappé à l’assemblée que la principale question finalement pouvait être est la suivante : A quoi servent rêve et rêverie ? Et autres questions subsidiaires : la société a-t-elle besoin de rêve et de rêverie ? Est-ce un espoir, une délivrance, un exercice spirituel (genre chamanisme, bouddhisme et autres)  Est-ce absolument nécessaire à la création, ou plutôt à l’inverse, l’art est-il un facteur, un révélateur de rêves et rêveries ?

La littérature, le cinéma, le théâtre, la peinture, la musique pourraient ils exister sans cela ? En dépit de la raison, certes absolument nécessaire, les sens et les rêves et rêveries sont en prise directe… peut on s’en passer ?…  vivre sans ?…

La suite des débats n’a pas permis de conclure, mais la question reste ouverte, et notamment quid de la maîtrise et d’une orientation possible des rêveries… et… pour quoi faire ?

Prochaine Rencontre le 10 Mars 2008 – Question : Faut-il des bornes à la société ?