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Légende d’Hiram

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Au début du XVIIIe siècle, on voit apparaître dans les rituels du troisième grade de la franc-maçonnerie une légende d’Hiram, reprenant le personnage biblique d’Hiram, dont elle fait l’architecte du Temple de Salomon.

Initiation au troisième grade de la franc-maçonnerie vers le début du XIXe siècle.

Le personnage d’Hiram dans la Bible

La Bible attribue le nom d’Hiram à deux personnages distincts:

  • Hiram Ier, roi de Tyr (I Rois 5 et II Chroniques 2)
  • Hiram Abi (ou Abiff) (I Rois 7:13 et II Chroniques, 2) C’est le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, l’artisan bronzier qui érige les colonnes du temple (I Rois 7, 15-22). C’est lui qui est le personnage principal de la légende maçonnique.

La Bible mentionne aussi, à la même époque, un autre personnage au nom proche et qui apparaît dans certaines versions de la légende. Dénommé Adoniram, il est le collecteur des impôts du royaume d’Israël (I Rois 4:6; 5:14; 12:18, II Samuel 20:24).

Premières mentions de la légende

Le premier document datable exposant de manière détaillée la légende d’Hiram est la divulgation intitulée « Masonry dissected » de 1730. Auparavant, le manuscrit « Graham » de 1723 témoigne déjà de l’existence d’une légende présentant plusieurs points communs avec la légende d’Hiram, mais c’est alors Noé qui y tient la place centrale. Il y est notamment question d’une perte consécutive à son décès ainsi que de la tentative de ses trois fils de relever son corps.

Les constitutions d’Anderson évoquent brièvement le personnage d’Hiram dans leur version de 1723. Elles lui accordent plus d’importance dans la seconde édition, en 1738. Entre temps, en 1727, on voit apparaître dans le manuscrit Wilkinson le dialogue suivant: « La forme de la loge est un carré long. Pourquoi? De la forme de la tombe du maître Hiram ».

Les invariants de la légende

Après son apparition au début du XVIIIe siècle, la légende d’Hiram sera contée avec de très nombreuses variantes selon les pays, les époques, les rites maçonniques, voire les auteurs. Mais il est toutefois possible d’y repérer un certain nombre d’éléments communs à la très grande majorité d’entre elles:

  • Le cadre de la légende est le chantier du Temple de Salomon, avant la fin des travaux.
  • Hiram en est l’architecte. Il inspecte régulièrement le chantier. Il possède un secret.
  • Les ouvriers du chantier sont divisés en trois catégories qui ne sont pas celles données par la Bible, mais celles des grades maçonniques: apprentis, compagnons et maîtres.
  • Trois ouvriers criminels tentent d’extorquer son secret à Hiram sans attendre de pouvoir le recevoir de manière régulière. Pour cela, ils se postent aux trois portes du Temple.
  • Chacun d’eux bloque successivement le passage à Hiram et exige qu’il révèle son secret. Chaque fois Hiram refuse et cherche une autre issue. Chaque fois un des conjurés le frappe. Le troisième coup est fatal.
  • Les criminels emportent alors le corps hors du Temple et l’enfouissent.
  • Salomon ordonne qu’on recherche le corps. Il envoie pour ce faire un certain nombre de frères.
  • On retrouve le corps d’Hiram. Un végétal, généralement l’acacia, marque l’emplacement de la tombe. La découverte du corps donne lieu à une formule rituelle d’exclamation. Ceux qui l’ont retrouvé retournent chercher Salomon.
  • Celui-ci procède à l’exhumation du corps, qui après deux tentatives infructueuses est relevé au moyen des « 5 points parfaits de la maîtrise ».
  • Se produisent à ce moment deux substitutions: Le nouvel initié, qui avait joué le rôle d’Hiram pendant la cérémonie, remplace celui-ci, mais le secret d’Hiram en revanche n’est pas retrouvé: Il est remplacé par un secret substitué.
  • On enterre le corps avec les honneurs en un lieu privilégié du chantier.

La légende d’Hiram en elle-même s’arrête ici, mais elle connaît des prolongements dans certains hauts grades maçonniques qui relatent notamment la manière dont les coupables seront punis et la manière dont le chantier du Temple de Salomon fut poursuivi par la suite.

Les principales variantes de la légende

Il existe en revanche des variantes importantes en ce qui concerne d’autres éléments de la légende:

  • L’emplacement final du tombeau d’Hiram: « Dans le Saint des Saints » dans les premières versions de la légende, « aussi près du Saint des Saints que le permet la loi juive » dans des versions plus récentes, ou encore « dans l’enceinte des travaux », voire parfois « dans la chambre du milieu ». Certains rites n’abordent pas du tout cette question au grade de maître, ou seulement de manière très allusive.
  • La formule d’exclamation: « Muscus Domus Dei Gracia » selon Masonry Disected, « Ah Seigneur! Mon Dieu! » dans d’autres rites.
  • Le secret substitué: C’est toujours un mot, mais on en trouve d’assez nombreuses variantes, toujours en deux ou trois syllabes. Tous ces mots ont en commun le fait de n’appartenir à aucun lexique connu (sauf dans la version primitive du manuscrit Graham, avec l’expression « marrow in the bone ») et de toujours contenir les lettres M et B, comme dans les rituels français du Marquis de Gages qui affirment en 1763 « Le mot est Mac Benac qui signifie « la chair quitte les os » ou « la chair est corrompue » ».
  • Le végétal: C’est le plus souvent l’acacia, mais il s’agissait de cassia selon Masonry Disected.
  • Le nom de l’architecte: Généralement Hiram, mais on trouve Adoniram dans certains rituels français.
  • Les outils des malfaiteurs et l’emplacement des blessures (très nombreuses variantes)
  • Le nombre de ceux qui recherchent l’architecte: Quinze ou douze selon les rituels anglais, neuf dans certains textes d’origine française. Dans certaines variantes anglaises, les conjurés étaient quinze au départ, mais douze renoncèrent et allèrent confesser leurs regrets à Salomon.
  • Les noms des conjurés: Parfois Jubelo, Jubela, Jubelum, parfois Jubelos, Jubelas, Jubelum, parfois Giblos, Giblas, Gibloom, ou encore Jiblime, Jibelum, Jabelum, etc. Il s’agit toujours de formes dérivées du mot Giblim, présent dans les constitutions d’Anderson avec l’orthographe Ghiblim. Ce mot et son contexte d’utilisation semblent provenir de la Geneva Bible (1560) qui mentionne en note de marge de la traduction du verset de la Bible 1 Rois 5:32: « Le mot hébreu est Giblim, qui sont, dit-on, d’excellents maçons ».
  • Leur catégorie professionnelle: Ils sont généralement compagnons, parfois apprentis, jamais maîtres.
  • Les défauts symbolisés par les conjurés: Souvent l’ignorance, le fanatisme et l’ambition, mais il existe de très nombreuses variantes.

La légende d’Hiram dans la littérature

  • Une transcription romanesque de cette légende, dans laquelle le personnage d’Hiram est remplacé par celui d’Adoniram, figure dans l’ouvrage Voyage en Orient de Gérard de Nerval.
  • La légende d’Hiram comme transposition de « La querelle d’Apophis et de Séqénenrê »?:

Un conte égyptien recopié sous la XIXe dynastie et intitulé « La querelle d’Apophis et de Séqénenrê Taâ », rapporte un échange curieux entre Apophis, souverain hyksôs de l’Égypte régnant depuis Avaris, et le roi de Thèbes.

« Qu’un messager aille vers le chef de la ville du Midi pour lui dire : Le roi Râ-Apôpi, v.s.f, t’envoie dire : Qu’on chasse sur l’étang les hippopotames qui sont dans les canaux du pays, afin qu’ils laissent venir à moi le sommeil, la nuit et le jour… »

— Gaston Maspero, Contes de l’Égypte ancienne

L’interprétation avancée par Christopher Knight et Robert Lomas est que la Légende d’Hiram pourrait être une transposition de cette histoire venue d’Egypte antique. Apophis est comme tous les rois Hyksôs (littéralement, les « souverains étrangers »), qui veulent imiter le modèle de gouvernement égyptien et se désignent eux-mêmes comme des pharaons, intégrant les éléments égyptiens dans leur propre culture. La demande d’Apophis doit être comprise comme l’exigence de se voir révéler certains secrets, en particulier les secrets de résurrection détenus par les pharaons. Il utilise pour cela les symboles de la nuit pour la mort, du sommeil pour le voyage et le combat pour la résurrection, et du jour pour la résurrection elle-même, telle que l’a vécu Osiris dans la légende), afin de faire taire les « hippopotames », au sens de ceux qui font beaucoup de bruit en parodiant les cérémonies de résurrection, mais qui ne détiennent pas les véritables secrets… Cette hypothèse pourrait expliquer la réaction brutale des protagonistes, et la mort violente de Séqénenrê Taâ. Les auteurs vont même plus loin en analysant les nombreuses similitudes sur les blessures occasionnées, la recherche des meurtriers, les circonstances inhabituelles de l’embaumement et de la mise en bière, etc.

  • On retrouve la légende d’Hiram dans le roman de Christian Jacq, « Maitre Hiram et le roi Salomon ». Les éléments principaux de la légende maçonnique y apparaissent, à savoir la construction du temple de Salomon, Hiram assassiné par trois ouvriers souhaitant s’accaparer les secrets du maître d’oeuvre, le corps emporté par les criminels, la tombe marquée d’un acacia, ainsi que l’enterrement de Maitre Hiram par Salomon sous le Saint des Saints de son temple. Dans ce roman, Hiram, de son nom égyptien Horemheb, y est présenté comme un architecte égyptien, détenteur des secrets d’Imhotep, qui construira le temple de Salomon en y incorporant les secrets des batisseurs de pyramides.