Les fondements de la prière intérieure

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Les fondements de la prière intérieure

 

« La seule prière que nous aurions à faire ce serait de travailler continuellement à ne pas empêcher de prier en nous Celui qui ne peut cesser de prier pour nous, soit en nous, soit hors de nous... »

(L.-C. de Saint-Martin, Portrait, § 635).

Dieu vit en nous, caché dans l’invisibilité du cœur ; Le Verbe s’est fait chair pour, avec le Père et l’Esprit, être vivant en nous, en notre âme et nous permettre de vivre avec lui de la vie divine : « Vous n’êtes pas dans la chair mais dans l’esprit, puisque l’esprit de Dieu habite en vous » (Romains, VIII, 9), dit justement saint Paul.

Notre âme est donc une authentique demeure céleste selon l’expression d’Origène (v.185-v.253.) : « Tu es ciel, fait pour le ciel » [1] ; de même que pour saint Augustin (+ 430) : « Portant le Dieu du ciel nous sommes ciel [2]. »  Le ciel est donc, et ceci est une haute et sublime vérité, au centre de notre âme, qui est elle-même le « Temple de Dieu » [3].

Saint-Martin précise en conséquence, pour que nous y soyons attentifs : « Si la nature est comme l’initiation de toutes les vérités, la prière en est comme la consommation, parce qu’elle les renferme en elle. Et pourquoi  renferme-t-elle en elle toutes les religions ? C’est qu’elle imbibe notre âme de ce charme sacré, de ce magisme divin qui est la vie secrète de tous les êtres ... [4] ».

Si nous nous disposons à accueillir passivement, en nous, l’effusion de la grâce – qui participe d’une dimension purement surnaturelle, ce qui signifie qu’elle nous dépasse de façon absolue -, nous pouvons être convaincus que l’œuvre divine agira efficacement, car il n’y a de grâce « qu’efficace », ainsi que le démontra fort bien Blaise Pascal (1623-1662) dans les Provinciales [5], et ce quel que soit l’état de notre nature déchue, car la grâce est un don immérité, un don entièrement gratuit qui ne s’obtient pas par des efforts, des pratiques ou des industries humaines exercées dans le monde terrestre, pratiques, méthodes ou industries prétendument capables, par l’effet du « libre-arbitre » et des « œuvres », de faire advenir les lumières célestes.

De la sorte, dans l’exercice de la prière intérieure, il convient de cesser toutes nos activités vocales et mentales, et donc de privilégier le « non-agir », le « non-faire », la pure passivité, et de nous « reposer » en toute confiance en Dieu, car « La contemplation est une vue simple et affectueuse de Dieu ou des choses divines : elle s’appelle acquise quand elle est le fruit de notre activité aidée de la grâce, infuse quand, dépassant cette activité, elle est opérée par Dieu avec notre consentement [6]

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Notes

[1] In Jer., hom., VIII.

[2] In Psalm., LXXXVIII.

[3] Parlant de l’âme, saint Bernard (+ 1153) nous dit : « Il ne faut pas seulement l’appeler céleste à cause de son origine ; il faut l’appeler le ciel lui-même. Rien d’étonnant que Dieu habite volontiers le ciel de notre âme ; pour les cieux visibles il s’est contenté de dire qu’ils soient ; pour le ciel de notre âme, il a combattu, il a versé son sang, pugnavit ut acquiret, occubuit ut redimeret. Aussi, après ce grand travail, jouissant de sa victoire, il dit : je prendrai là mon repos, c’est là que j’habiterai. » (Serm. XXVII in cantica, n° 9).

[4] La Prière, in Œuvres posthumes, réédition Collection martiniste, Le Temple du cœur, Diffusion rosicrucienne, 2001, p. 42.

[5] B. Pascal, Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. Jésuites sur le sujet de la morale et de la politique de ces Pères, Paris, janvier 1656-mars 1657.

[6] A. Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique, n° 1299, IV. « Différence entre l’Ascétique et la Mystique », Paris, Desclée et Cie, 1924.