Faut-il des bornes à la société ?

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Compte rendu de la rencontre du lundi  10 Mars 2008

Thème : Faut-il des bornes à la société ?

Onze personnes ont participé à la rencontre : Serge ; Dominique ; Jacques ; Florence ; François ; Nadège ; Astrid ;  Lionel ;  Daniel ; Dominique ; Christian

Alors, je ne connaissais plus de borne à ma fureur; il me prenait des accès de cruauté, et je devenais terrible pour celui qui s’approchait de mes yeux hagards, si toutefois il appartenait à ma race.

Lautréamont : «Les chants de Maldoror»

Primitivement la borne était une pierre qui servait à délimiter une propriété foncière. La borne est un signe qui marque une limite qu’il ne faut pas dépasser (interdit), ou bien, que l’on ne peut pas dépasser (incapacité).

Très vite s’est imposé à tous et toutes, qu’il fallait faire la différence entre d’une part les bornes naturelles et d’autre part les bornes culturelles.

 

Par nature il est des lois dont il est impossible de s’affranchir, comme par exemple la loi de la pesanteur (sur la Terre) ou encore la loi de la gravitation universelle, ou celle de la vitesse de la lumière (indépassable)…

Les lois naturelles qui règlent les échanges dans les sociétés animales (insectes, mammifères ; oiseaux etc.) sont autant de bornes nécessaires à la conservation des espèces.

L’apparition de l’homme sur Terre n’a pas fait exception à la règle mais avec quelque chose en plus.

La loi du « conatus » évoquée par Spinoza, à savoir que tout être vivant cherche à persévérer dans son être (loi on ne peut plus naturelle), doit être compensée par une autre loi humaine (culturelle celle-là), à savoir qu’il est nécessaire d’établir des contrats sous peine d’être tout à chacun sous le risque de mourir sous la loi du conatus (le plus fort mangeant le plus faible).

Cela pose l’éternelle question de savoir quelle est la part de l’inné et celle de l’acquis.

C’est une vieille querelle qui n’a pas fini de faire des siennes, mais qui reste incontournable. John Locke et Jean Jacques Rousseau avaient en leur temps résolu le problème par le moyen du contrat. C’est une longue affaire qui n’a pas été évoquée plus avant ce soir.

Des règles, des usages, des coutumes vont se mettre en place (Lévitique ; Décalogue ; code d’Hammourabi etc.), qui vont aider à développer un sentiment d’appartenance à un même groupe. Des bornes sont ainsi posées, axées notamment sur des interdits alimentaires, interdit de l’inceste, interdit de tuer son « semblable », nécessité d’enterrer ses morts etc. Bornes qui marqueront des territoires à la fois cultuels et culturels.

Ainsi  chacun pourra se recommander du groupe, et sera aussi reconnu par ce dernier.

Toutefois il existe une certaine confusion  avec ce qu’il est convenu de nommer les droits naturels inaliénables et sacrés de l’Homme…Tels qu’ainsi évoqués dans la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen en 1789…

En effet il y a plusieurs interprétations possibles : ou bien il existe à l’état naturel une sorte de sagesse qui commande à tout l’univers (Héraclite ; Cicéron) ; ou bien la loi procède directement de Dieu (Moïse). Ce qui implique la notion de « sacré » dans les deux cas, c’est-à-dire intangibilité et d’inamovibilité.

Il y a ici risque de confusion entre le droit naturel et le droit positif, et qui peut entraîner toute une manipulation à la fois politique culturelle. Qui décide de la norme (borne) ? Et qui contrôle ?

Le droit naturel procède d’une nature souvent identifiée à dieu, donc du domaine des clergés de tous poils, alors que le droit positif est dicté soit par les autorités politiques (parlementaires) ou bien est directement l’expression de la société.

Quoi qu’il en soit, c’est au citoyen d’être particulièrement vigilant.

C’est à partir de supposées lois naturelles, affirmées par des pseudo scientifiques, que Hitler a mis au point un terrifiant système de lois raciales (lois positives) conduisant à un génocide parfaitement normalisé…

Manifestement il faut des bornes à la société, mais pas n’importe lesquelles, pas n’importe comment, et pas par n’importe qui…

Il est apparu peu à peu, que la véritable réponse devait viser l’universel.

Au-delà des morales personnelles (éthique) ou de groupe (déontologie – devoirs), il faut que les règles procèdent de l’universel, c’est-à-dire qu’elles soient applicables à tous, en tous lieux, et en tous moments.

De telles bornes pour certains existent dans la mesure où il est fait appel à dieu… dont les voies sont impénétrables… Qu’en est-il du non croyant, du sceptique, de l’agnostique ?  Quelle morale universelle peuvent-ils présenter ?

L’astuce a consisté au 18ème siècle à remplacer Dieu par Nature, ce qui évite d’adorer et de rendre des comptes… tout en reconnaissant les bornes naturelles (voir plus haut)…

Mais l’être humain peut-il tirer de lui-même, à l’exclusion de toute autre origine, ses propres règles immédiatement valables pour tous les humains ? Là est la question.

Les réponses restent philosophiques (Kant, Sartre, Spinoza), mais difficilement traduisibles en textes législatifs ou réglementaires.

Il faut donc bien en appeler à l’universel… Non pas imposer les mêmes bornes à tous, mais au contraire rassembler toutes les bornes nécessaires, sans en omettre une seule… Jusqu’aux limites de la tolérance mutuelle… C’est dire que l’heure du repos n’est donc pas encore arrivée.

ut-ilutProchaine Rencontre le 29 Avril 2008 –

Question : Changer d’avis est-ce un signe de force ou de faiblesse ?