Chronique d’un Sourcier. SAMONIOS / HALLOWEEN : le nouvel an celtique.

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Chronique d’un Sourcier. SAMONIOS / HALLOWEEN : le nouvel an celtique.
Contrairement à ce qu’on croit souvent, la fête d’Halloween et son cortège de citrouilles n’est pas une simple fête commerciale importée des Etats Unis.
Quand mon père était enfant dans les années 1930 en Moselle, la tradition voulait que l’on sculpte des betteraves et qu’on y mette une bougie le soir du 31 octobre, à la veille de la Toussaint. On les appelait « Rommelbootzen » en dialecte francique (dialecte germanique de Moselle) c’est-à-dire littéralement, « betteraves croquemitaine ». Les enfants les portaient en procession au bout d’un bâton, dans certains villages elles étaient pendues aux branches d’un vieux chêne, et dans d’autres ont les posaient sur les murs des cimetières.
Ce folklore des « Rommelbootzen » a perduré en Moselle jusqu’à la fin des années 1960-70.

Calendrier Gaulois de Coligny
Il est fort probable qu’il y ait là une survivance de l’antique fête gauloise de Samonios, (Samaïn en Irlande), le nouvel an celtique. Cette fête se déroulait sous l’autorité des druides le jour de la pleine lune du mois de Samonios, le premier mois de l’année gauloise, (qui correspond à notre moi de Novembre). Elle durait 7 jours : 3 jours avant, le jour de Samonios, et 3 jours après. C’était un rituel de fermeture de l’année écoulée et d’ouverture de l’année nouvelle. Le temps de Samonios est celui de l’autre monde. C’est une période en dehors du temps, pendant laquelle les portes entre les mondes sont ouvertes. Les humains peuvent alors communiquer avec les êtres du Sidh, l’autre monde des Celtes. Les Gaulois croyaient que les êtres qui peuplent le Sidh, (esprits maléfiques, elfes, lutin, ondines, fée, et loups-garous), pouvaient entrer dans le monde des humains et inversement, que les Hommes pouvaient y entrer et s’y perdre…
Lors de la nuit de fermeture, les Gaulois avaient l’habitude de pratiquer la fête du feu. Ils se rassemblaient autour d’un bûché sacré et après la cérémonie, le druide distribuait à chaque famille des brandons pour rallumer le feu dans leur maison et ainsi chasser les esprits maléfiques.

Rommelbootzen
La survivance de cette fête sous la forme de lanternes creusée dans des betteraves est attesté jusqu’à la fin du XXème siècle en Lorraine, en Alsace, en Picardie, en Normandie, en Bretagne, dans une partie des Flandres, en Catalogne des deux côtés de la frontière franco-espagnole, ainsi qu’en Wallonie où elles sont appelées « lum’rottes ». En Allemagne et en Autriche elles sont connues sous le nom de “Rübengeistern” (spectres des betteraves).

Jack’ O Lantern
Dans les îles britanniques, où la tradition est restée très vivace, tous les enfants connaissent la légende de « Jack’ O Lantern ». Celui-ci était un ivrogne qui défia Dieu et le diable. À sa mort, ni le paradis ni l’enfer ne veulent l’accueillir. Jack est donc condamné à errer éternellement dans l’obscurité en s’éclairant d’une bougie plantée dans une betterave évidée. « Jack à la lanterne » réapparaît chaque année, le jour de sa mort, à Halloween. Sa tête a été remplacée par une betterave évidée ou une citrouille éclairée de l’intérieure par une bougie.
Le lien entre ce folklore et la Toussaint remonte au Haut Moyen-Âge. En l’an 610, le pape Boniface IV instaura la Toussaint en mémoire des martyrs chrétiens. On la fêtait alors le 13 Mai, uniquement à Rome, pour remplacer le culte romain des Lemuria, que l’on pratiquait pour conjurer les spectres malfaisants…
Au début du IXème siècle, le pape Grégoire IV fait célébrer la Toussaint dans toute la chrétienté, appuyé par l’empereur Louis le pieux. Mais on la déplaça au 1er Novembre pour remplacer le culte païen de Samonios encore très vivace dans les campagnes. Quant au nom, Halloween, c’est une contraction de « All Hallow’s Even » qui signifiait : « La veille de tous les saints » en ancien anglais. Au court du temps le « All » s’est perdu, il ne restait que « Hallow’s Even » qui s’est contracté en « Halloween » au XIXème siècle.