Changer d’avis est-ce un signe de force où de faiblesse ?

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Compte rendu de la rencontre du mardi 29 avril 2008

Thème : Changer d’avis est-ce un signe de force ou de faiblesse ?

Quatorze personnes ont participé à la rencontre :

Monique ; Albert ; Dominique ; Florence ; François ; Johann ; Henk ; Jenny ; Thérèse ; Daniel ; Dominique ; Bruno ; Nadège et Serge.

 

«Il est donc établi par tout cela que nous ne nous efforçons à rien, ne voulons, n’appétons ni ne désirons aucune chose, parce que nous la jugeons bonne, mais, au contraire, nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, la voulons, appétons et désirons».

Spinoza « L’Ethique ».

Avis : de l’ancien Français « ce m’est à vis » : « cela me semble bon ».

Changer d’avis suppose que l’on ait déjà un avis ; en fait il est difficile de trouver quelqu’un qui n’aurait jamais d’avis ; même le sage tout en sachant que tout avis est conjoncturel et illusoire à un avis, ne serait-ce que celui de ne pas en avoir.

Alors pourquoi avoir des avis et pourquoi vouloir en changer ?

La constante sollicitation des médias, des sondages, des campagnes électorales, de la publicité, et toute situation qui nécessite de prendre une décision, oblige à se faire un avis.

L’on suppose qu’il faut – ici et maintenant – avoir un avis sur tout : la politique, l’économie, les OGM, les éoliennes et centrales nucléaires, l’immigration, la peine de mort, le port du voile etc.

Ne pas en avoir serait la marque d’un esprit paresseux ou timoré,  voire d’être un être asocial.

Avoir un avis apparaît en fait comme un mécanisme de défense. En exprimant une opinion, même approximative, le citoyen se définit et se positionne dans la société.

Toute la question est de savoir comment il est possible de se faire cette opinion.

L’avis est une sorte d’éclairage, plus ou moins direct, plus ou moins précis, jeté sur un évènement. C’est l’idée que l’on peut se faire de quelque chose qui est en train de se faire (sollicitation immédiate). C’est aussi l’appréciation portée sur une œuvre d’art, sur la rumeur, les faits sociaux, les accidents de toutes sortes, bref, sur n’importe quoi, pour peu que ce n’importe quoi donne matière à s’entretenir avec son prochain.

Car l’avis a souvent besoin d’être échangé, partagé ; il est l’expression d’un lien social, un avis que l’on garderait pour soi, serait-il encore un avis ?

Quelle est la part de l’émotion et de la raison dans l’élaboration d’un avis ?

L’éducation, la séduction, la culture, l’opinion générale, l’autorité des experts, sont autant de facteurs qui influencent la « fabrication » de l’avis. Qu’il soit spontané (émotion) ou réfléchi (raison) l’avis reste avant surtout une réaction prompte à l’évènement. Seul le temps permet de construire une réponse adéquate qui transforme le simple avis en propos réfléchi et construit (cas des études historiques par exemple).

Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis… … Souvent femme varie, bien est fol qui s’y fie…  Voilà deux parfaits avis qui sont devenus des dictons… qui s’affirment  comme une sagesse populaire…

Alors que les imbéciles changent aussi souvent d’avis que les êtres rationnels, et que la folie et l’esprit vagabond sont  sont également répartis parmi les êtres humains.

La discussion a longtemps porté ce soir, justement sur cette nécessité de distinguer ce qui faisait qu’un avis avait du sens ou non… s’il était source de force ou de faiblesse, qu’il s’agisse d’un avis à priori ou d’un changement d’avis en cours de route.

Il est dit que la vérité c’est de l’erreur rectifiée, donc chaque fois qu’un nouvel avis rapprochera de la vérité, il sera déclaré bon et utile.

Si le changement d’avis rend « meilleur », ou en d’autres termes, s’il permet de mieux se connaître soi-même et de pratiquer la tempérance (selon les conseils de Socrate), alors il est profitable de changer d’avis aussi souvent que cela sera possible.

Et enfin il apparaît que le dialogue reste la clé de voûte de la démarche du changement d’avis. Le dialogue suppose un échange entre personnes libres et désireuses d’apporter de la lumière sur une question précise.

L’avis serait un cocktail de sentiment, de jugement, de conviction… Voire de certitude donc soumis à diverses influences.

Il semble que cette « influence », que l’on ne peut totalement exclure, peut prendre diverses apparences comme, le charme, la séduction, le désir, la fascination, la tromperie… qui empêche toute maîtrise sur soi, et fausse l’avis.

Tout avis « fabriqué » sous de telles influences ne pourrait que « rendre plus faible »… D’où la  nécessité du dialogue raisonnable.

Quoique …

 Quand les gens sont de mon avis, j’ai toujours le sentiment de m’être trompé.

Oscar Wild                                                      Prochaine Rencontre : inconnue

Question : Existe-t-il des valeurs universelles ?